Pleurant 17 des siens et touchée dans son orgueil de puissance mondiale, la France est, au lendemain de la série d’attentats terroristes qui l’ont affectée la semaine dernière, en réflexion pour trouver les stratégies et les approches permettant de prévenir de tels événements. Sur le principe, il n’y a rien de mal à une telle démarche. Sauf que certaines des pistes envisagées pourraient ne pas être les bonnes. Le raccourci entre les attentats et l’immigration ou encore l’obsession sécuritaire chère à l’extrême droite sont particulièrement contre-producteurs. Ces pistes paraissent d’autant plus inappropriées qu’elles sont porteuses des germes d’une exclusion, qui est de beaucoup, dans les attentats que l’on déplore.
Naturellement, de par certains de leurs caractéristiques sociologiques, les acteurs principaux des attentats favorisent, eux-mêmes, les raccourcis. En effet, outre le fait de revendiquer tous la religion musulmane, Amedy Coulibaly et les frères Kouachi ont en commun leurs origines non françaises.
Pour les deux présumés auteurs de la fusillade contre le siège de Charlie Hebdo, ils seraient originaires d’Algérie. En ce qui concerne Amedy Coulibaly, originaire du Mali. Si l’on s’en tient donc à ces premiers traits, on cautionnerait les discours allant dans le sens du durcissement des conditions d’immigration en France. En particulier, on soupçonnerait tous les Français dont les origines sont d’ailleurs et qui, en plus, ont le malheur de porter un patronyme à consonance arabe. Sauf qu’on se tromperait éperdument. Car cela reviendrait à prendre l’effet pour la cause.
Les attentats de la semaine dernière n’ont pas été perpétrés parce que leurs auteurs ne sont pas des Français de souche. Ils n’ont pas non plus été perpétrés parce que les auteurs et leurs commanditaires sont des musulmans. C’est ce que certains voudraient voir prospérer. Mais la réalité est que ces événements malheureux sont en partie le résultat d’une intégration française qui n’a pas réussi. Qu’Amedy Coulibaly et les frères Kouachi aient choisi la voie qui les a conduits à ce que nous connaissons désormais, c’est qu’ils n’ont pas eu le sentiment qu’ils appartenaient à part entière à la société française.
Depuis quelques années, touchée de plein fouet par la crise économique mondiale, une certaine France rejette la responsabilité sur ‘’l’autre’’, identifié ‘’l’étranger’’. S’il n’y a pas d’emploi, c’est lui. Les cités sont devenues des ghettos, c’est encore et toujours lui. Au départ, le Front National de Jean-Marie Le Pen était le seul porteur de ce discours. Mais la course folle au suffrage universel a amené aussi bien la droite que le PS à, insidieusement surfer, sur cette doctrine raciste.
C’est ainsi que Nicolas Sarkozy avait surfé sur le concept d’immigration choisie. Manuel Valls aussi doit son succès à ses sorties, semble-t-il, « osées » et à son côté, dit-on, « décomplexé ». En plus du discours empreint de clichés et de stéréotypes parmi les plus dévalorisants, les politiques, toutes tendances confondues, ont amené une importante frange de la société française, à adopter une attitude différentielle à l’égard du Noir, de l’Arabe, du musulman ou tout simplement de celui qui en a l’air. On se rappelle encore du débat sur le voile islamique ou encore de celui sur la viande hallal, pour ne citer que ces deux. On est criminel, délinquant, voyou, etc. hélas, souvent, par anticipation !
Ce sont ces débats passionnés et largement relayés par les médias qui, se déclinant dans les conditions objectives de vie, pourraient avoir entrainé la tragédie de la semaine dernière. Autrement, les terroristes auraient eu recours à des djihadistes étrangers. Mais sachant qu’ils pouvaient facilement exploiter les frustrations longtemps accumulées et contenues par une importante partie de la société française, ils ne se sont pas donnés autant de mal.
Dans un tel contexte, faire le choix d’aller dans le sens de l’accentuation de ces frustrations et de ces rancœurs constitue le moyen le plus sûr de faire répéter le drame. Sans oublier au passage que les contrôles draconiens qu’on risque de renforcer seront de nature à restreindre des libertés et des droits, au nom desquels quelques 4 millions de Français ont battu le pavé le dimanche dernier.
source:GuineeConakry.info
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