Toutes les disposions doivent être prises pour éviter les bavures policières à l’université. C’est le vœu de l’ancien Ministre Alioune Sow qui soutient que de Senghor à Macky Sall, chaque régime, a eu, par la maladresse humaine à tuer des sénégalais. Le Docteur Sow se prononce ainsi sur le meurtre de l’étudiant Bassirou Faye lors de son récent séjour au sud de pays. M sow a aussi donné son opinion sur la gestion actuelle du pays et sur le procès Wade-fils. C’est dans cette interview accordée à KOLDANEWS que nous vous proposons dans la livraison de ce jour
Dr Alioune SOW, vous êtes un ancien Ministre de la décentralisation et des collectivités locales, vous êtes là à Sédhiou, dans la commune de Dianah Malary dans le cadre d’une formation au profit des élus locaux. Concrètement de quoi s’agit-il ?
Alioune Sow : En effet, dans le cadre de mes activités de consultant, nous avons lancé un programme dénommé « élu modèle ». C’est un programme déroulé sous forme de sessions de formation aux élus locaux, en décentralisation, développement local, technique et stratégie de gestion et de promotion d’une collectivité locale. Nous venons d’engager la mise en œuvre au Sénégal d’une nouvelle réforme de notre politique de décentralisation avec beaucoup de changements, de nouveaux textes qui remplacent d’anciens textes sur la décentralisation. Il est important, à l’heure de la promotion de la bonne gouvernance, qu’il faut anticiper sur d’éventuelles violations de ces règles de gestions et de la connaissance par la connaissance du secteur pour éviter de réagir par la répression. Nous avons constaté qu’il ya parfois une mauvaise interpellation de textes, une méconnaissance de textes, une ignorance de certaines dispositions qui peuvent pousser certains à créer des situations ingérables.
C’est pourquoi, nous avons lancé cette opération pour participer à la fois à la construction d’une cohésion communale, d’une maitrise commune des textes et également une incitation à l’application au respect des textes pour rendre l’action plus efficiente et plus conforme aux règles de la bonne gouvernance. C’est dans ce cadre que beaucoup de communes et de départements nous ont sollicités et nous avons déroulé ce programme en deux volets. Le premier volet concerne la formation des conseils municipaux, des agents municipaux et parfois, on y ajoute même les acteurs de l’administration qui interviennent dans la gestion des compétences transférées. Par ailleurs, nous organisons des séminaires pour des leaders de premier plan, des maires, des présidents de départements ou des adjoints entre autres, pour permettre aux participants de comprendre l’essentiel de ce qu’il faut savoir de cette politique-là et de savoir comment tenir une collectivité locale. Au Sénégal, le problème réel, c’est la méconnaissance des finances locales.
Nous disposons de ressources humaines de qualités, de praticiens de collectivités locales en passant par l’enseignant chercheur sans omettre des acteurs majeurs, par exemple les finances locales. Nous nous mettrons à la disposition de toutes les communes à l’image de celle de Dianah Malary pour mobiliser nos relations, nos réseaux, nos connaissances ici comme à l’étranger en vue de participer en citoyen sénégalais à l’émergence et à la réussite de nos collectivités locales.
Quelle analyse faites-vous de la gestion actuelle du pays ?
Vous savez, le Sénégal connait beaucoup de problèmes en raison de la politique politicienne permanente. Voilà un pays qui est plongé en permanence à des commentaires politiciens et des enjeux électoraux. Je pense qu’après les élections présidentielles, législatives et locales, les gens vont s’engager uniquement dans l’action de construction du pays. Les rendez-vous électoraux suivront, ceux-là qui trouvent que les choses ne marchent pas, peuvent se poser en candidat de contestation ou d’actes alternatifs à l’existence pour travailler à consolider leurs positions et perpétuer leurs actions. En tout état de cause, il est évident que beaucoup de secteurs exigent des réalisations concrètes, des réformes en profondeur, mais dans une dynamique de cohésion et de concertation.
Quels sont ces secteurs ?
Aujourd’hui, l’éducation souffre terriblement. Si on ne parle pas de fraudes, c’est l’Université qui est carrément bloquée, je suis professeur à l’Université, la réforme actuelle en cours est inachevée, il doit être poursuivit. Et je pense que pour que le développement local marche bien, il faut aussi que cette réforme soit accompagnée par un transfert de financier très consistent de l’état central vers les collectivités locales.
Avec le régime de Macky Sall, peut-on parler de l bonne gouvernance ?
Ce que je peux vous dire c’est que certains assimilent la politique de la bonne gouvernance à la répression de l’enregistrement illicite ou bien de la corruption ou de la concussion. Ce qui a créé à la fois une situation très difficile de tension dans le pays. Mais, tout compte fait, aujourd’hui, il est important que ce facteur déclencheur de la remise en cause de notre rapport au pouvoir, nous acteurs politique comme de la population pourra aider à faire décoller l’économie sénégalaise. En vérité, le Sénégal n’est pas un pays pauvre. Nous sommes 13 millions d’habitants, nous avons suffisamment d’espaces et le pays a une culture de paix, l’homme sénégalais est assez intelligent et responsable, mais le seul problème qui entrave notre économie, c’est que le Sénégal souffre de ses dirigeants. D’hier, comme d’aujourd’hui, et je pense demain ça ne doit pas être le cas. Pourquoi ? Parce que jusqu’à présent, les gens pensent que la politique est toujours cette opportunité pour se faire de l’argent ou pour réaliser sa famille et son entourage et le peuple doit attendre. Cette perpétuation de partage des avantages, des opportunités et des positions de privilèges de pouvoir entre des clans identifiés, c’est-à-dire des dirigeants politiques, des hommes d’affaires et autres leaders d’opinions qui monnayent leurs influences aux acteurs politiques, c’est cela qu’il faut complètement démanteler pour que l’homme pauvre ne soit plus celui qui n’intéresse l’homme politique que lorsque qu’il y a une élection. Cet homme qui manque de tout doit être au centre d’amont et en aval de tous les processus et à l’arrivée que la satisfaction soit la ferraille de l’action politique.
En vérité, je dis souvent, l’homme politique qui n’est pas héritier, qui n’est pas industriel, ni riche et qui arrive au pouvoir quel que soit la fonction occupée pendant 10 ans ou 12 ans ne saurait être riche. S’il est riche, il est un voleur. Un ministre ne peut pas être riche en 10 ans ou en 20 ans. Son salaire est connu, c’est 4 millions. Pour avoir un milliard deux cent millions, il faut travailler pendant 10 ans en gagnant 10 millions de francs par mois et ne rien dépenser.
Quand on occupe la fonction ministérielle, on n’a pas le droit d’avoir des activités génératrices de revenus, on doit se consacrer exclusivement au service de l’Etat. Par conséquent, dans un pays de solidarité comme le Sénégal, où on ne gagne pas pour soit ou pour sa famille, mais plutôt pour son entourage, ses voisins et les connaissances, je ne vois pas comment l’homme politique peut devenir riche. S’il est riche, il l’a fait sur le dos du peuple. Je pense qu’il faut qu’on revienne à cette volonté de servir le peuple qui est l’exigence que chaque homme politique doit satisfaire.
Tout compte fait, le Président Macky Sall a une nouvelle équipe qui est là qui a fait que deux ans et demi. Donc, on ne peut pas aussi quand même secouer, remuer et transformer le monde en un temps si court. Je pense que je mène une opposition de propositions. Je peux contester, décrier, mais je propose une solution pour ne pas être simplement un oiseau de mauvaise augure. Personne n’a intérêt à casser ou à exploiter des tensions encore moins à additionner des colères. Car le Sénégal nous appartient, il n’appartient au président Macky Sall. Que chacun puisse participer à sa manière, en préservant sa dignité, son honneur et son identité politique et ne pas participer à la promotion de contre valeurs qu’on a connues dans le passé sous notre régime.
Professeur, quel est votre opinion sur le procès de Karim Wade ?
Karim Wade est un ancien collègue du gouvernement, un frère et un ami, mais aussi fils de mon maitre en politique Me Abdoulaye Wade. Il est évident tout ce qui puisse lui être arrivé de dure ou de difficile, j’éprouve une compassion pour lui, un soutien fraternel et amical. Il y a une mise en accusation, on lui a collé le délit d’enregistrement illicite. Il a mobilisé des avocats pour démonter à l’opinion nationale et internationale, qu’il n’en est pour rien de tout. Il était un bon gestionnaire, homme rigoureux et propre dans sa gestion. Il l’a clamé haut et fort. Je pense qu’aujourd’hui, le procès est en cours. Là seule chose qui vaille, c’est que chacun écoute, suive, entende, discerne et qu’à l’issue du procès, chacun puisse savoir où se trouve la vérité. Il y aura trois jugements. Le jugement de la Cour, le jugement le plus important est celui de DIEU et le jugement de nos consciences. Car chacun parmi nous est un tribunal en lui en tant qu’observateur. Il fera pour lui son procès et prendra aussi sa décision par rapport à ce qu’il a suivi et entendu. Je pense que dans cette affaire, il faudra que le gouvernement en tire toutes les conséquences. D’autant plus que ça fait plusieurs mois que Karim Wade est dans les liens de la détention. Il ne faudrait pas que le gouvernement soit gêné si Karim Wade est blanc comme neige, si aussi il est trempé comme ils le supposent, il faut le démontrer, même si ce tribunal a un coté particulier et très spécial. Car, il est évident que la perception des populations doit aussi intéresser le gouvernement tout comme l’opposition et les membres de Karim Wade.
Monsieur le Ministre, quelle lecture faite-vous de l’affaire t Bassirou FAYE ?
Moi, j’ai un problème par rapport à cette enquête. C’est déjà bien qu’on ait avancé jusqu’à pouvoir mettre à la garde à vue un présumé coupable de ce meurtre. Mais la police est accusée et c’est elle qui a mené l’enquête. Cela me pose un problème très sérieux. C’est un corps accusé qui mène l’enquête par rapport à ce qui s’est passé. C’est un problème. Je pense qu’il fallait confier cette enquête à un corps autre que la police pour que personne ne puisse avoir quelques réserves par rapport à cette solidarité de corps. D’ailleurs, l’opinion est un peu troublé par ce fait.
Selon vous, comment mettre un terme à ces bavures policières?
Le gouvernement et les hommes politiques doivent aussi voir comment mettre un terme à ces bavures policières. Car, chaque régime tient son étudiant tué. Sous Léopold Sédar Senghor, il y avait Blondin qui était tué. Sous Abdou Diouf, ils sont combien à être tués dans ce pays-là ? Sous Me Abdoulaye Wade, nous avons Bala Gaye, Mamadou Diop, Malick Ba. Le Président Macky Sall vient d’avoir lui aussi son Bassirou Faye. Donc, le fait est là constant. Chaque régime a eu par maladresse humaine tuer des sénégalais. Et parmi ces sénégalais, chaque régime a eu ses étudiants torturés, puis tués. Pendant que l’enseignement supérieur connait une baisse en qualité sur tous les plans. Je pense qu’aujourd’hui, opposants comme pouvoir doivent rivaliser d’ardeurs dans l’analyse de la situation et dans la proposition d’une mesure alternative, concrète, crédible pour que jamais de telles choses ne puissent se produire encore. C’est ça la vérité. Le policier n’ira jamais au Campus, s’il y a la paix sociale. Il ne va jamais dégainer son arme, tuer ou blesser un étudiant si tout se passe normalement. Donc, il faut s’attaquer à la source du mal, au lieu de spéculer sur les conséquences, sans régler la base du problème.
PROPOS RECUEILLIS PAR ISMAILA MANSALY