Me Mounir Ballal n’est pas passé par le dos de la cuillère pour expliquer la raison de la détention de son client, imam Aliou Ndao. Au cours de sa plaidoirie, jeudi 31 mai 2018 à la barre de la chambre criminelle spéciale de Dakar, le conseil de du religieux explique cette détention par le souhait de son client de voir l’instauration de la charia au Sénégal. Ce qui est en porte-à-faux avec les actes posés par son client.
Me Mounir Ballal, un des conseils d’Imam Aliou Ndao, s’est évertué hier à déconstruire l’accusation qui a valu à son client plus de deux ans de détention pour des faits présumés de terrorisme. En voulant coûte que coûte imputer une infraction à Imam Ndao, clame l’avocat, les enquêteurs ont fait montre de beaucoup de subjectivité dans le procès-verbal du 27 octobre 2015. «Le seul reproche qu’on lui fait aujourd’hui, c’est d’avoir le sou- hait de voir un jour la Charia appliquée dans son pays. D’aucuns pensent qu’il est assez acerbe et tranchant sur l’application de la Charia. Libre à lui de penser ce qu’il veut de la Charia, le délit d’opinion n’existe pas dans notre pays ; la liberté d’ex- pression est un droit consacré par notre loi fondamentale. Cependant, même s’il a confirmé sa position pour l’instauration de la Charia, il dit opter pour le débat d’idées et non la guerre», souligne Me Ballal qui rapporte une confidence faite par son client et dans laquelle il soutenait.
«Si la charia devait s’installer au Sénégal, je ne l’envisage que par le dialogue». Me Mounir Ballal ne voit pas en quoi les propos de son client pourraient relever de l’apologie du terrorisme. Le plaideur pour- suit que «la détention de vidéos, de fichiers et de documents relatifs au groupe Etat Islamique, sur ses entrainements et la manière dont il traite ses ennemis et ses captifs ne peut être considérée comme apologie du terrorisme. Ce dernier s’est également attelé à démonter le délit d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et le crime d’acte de terrorisme collés à son client. «L’accusation n’a jamais dit quand, où et comment l’accusé s’est concerté avec qui que ce soit dans le groupe, pour constituer une association de malfaiteurs».
Alors que Imam Ndao et ses co- détenus sont accusés d’avoir planifié, chacun en ce qui le concerne, l’installation d’un état islamique en Casamance ou à Kédougou, Me Mounir Ballal parle d’une motivation laconique qui ne repose que sur une simple supposition. «Les groupes terroristes ne s’implantent pas n’importe où. Je ne crois pas que la Casamance serait propice à cette cellule djihadiste, c’est une zone déjà tourmentée, et le dernier endroit où l’Etat Islamique envisagerait d’installer une wilaya. Leurs lieux d’implantation sont des zones désertiques ou montagneuses.
De plus, ils se déplacent constamment», signale l’avocat. Par ailleurs, le conseil estime que le simple fait d’être en possession de l’argent n’établit pas la culpabilité d’une personne et ne per- met pas d’asseoir le crime de blanchiment de capitaux. Me Ballal fait ainsi allusion à la somme de 25.000 euros que l’accusé Ibrahima Diallo avait confié à l’Imam Ndao. Pour la robe noire, son client n’avait pas besoin de s’interroger sur le caractère licite ou illicite de l’ar- gent qui lui a été confié. N’empêche, dit le plaideur, «dès que Coumba Niang (épouse de Matar Diokhané) lui a révélé l’origine de l’argent, l’imam s’était décidé à le restituer ; ce qu’il aurait fait n’eut été son arrestation». L’avocat trouve que cette attitude devrait conforter la bonne foi de son client.
Par ailleurs, Me Ballal a fustigé l’immixtion des Etats-Unis dans le dossier. A l’en croire, l’ambassadeur des Etats-Unis avait demandé que la liste des accusés lui soit remise. Cela démontre, selon lui, la mainmise du pays de l’oncle Sam dans ce dossier. Cependant, il se réjouit du fait que l’Etat du Sénégal n’ait pas accédé à cette demande.
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