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Par Saliou Samb

« Le président a préféré se rendre pour ne pas provoquer un bain de sang », disait un des rares témoins de la folle journée du 18 février 2010, en fait un journaliste des médias d’état nigérien qui avait du mal à réaliser ce qui était arrivé à son « grand timonier ». Eh oui, même dans le déshonneur de la débandade, l’humiliation de la défaite, la cruauté de la réalité, il fallait bien trouver une belle formule pour parfumer les faits,  maintenir le cap de la propagande et surtout ne pas laisser poindre le moindre soupçon de faiblesse chez un homme qui, à lui tout seul, a réussi à nicher le Niger, respectable démocratie depuis une décennie, au rang d’une vraie république bananière.

Parce que Mamadou Tandja est le chef et il a toujours raison. Que ce machin - obtenu au prix de mille sacrifices de ses compatriotes – ; pompeusement appelé constitution par ses « sujets », lui résiste, le colonel ne s’encombre pas de détails ; fort de son moi surdimensionné, il introduit un recours en justice, sûr de son fait. « Non, ces juges ne peuvent pas désavouer un guide éclairé, un colonel de la plus grande armée du sahel, un sauveur de la nation… », se dit-il, du haut de son piédestal. Oh que le réveil fût douloureux !

Les juges nigériens firent un véritable pied de nez à l’homme aux grands boubous amidonnés  - il faut que tout soit bien raide comme des pilonnes de bétons – et lui prend la mouche et décide de les limoger. « Non mais quand même, ils exagèrent ces intellos là. Tandja Mamadou ne peut pas avoir tort. C’est moi la démocratie ! Je vais les virer tous et organiser un référendum pour me présenter éternellement! ».

Et le bonhomme, droit dans ses bottes, fit comme il le dit. Au finish, quelques milliers de ses compatriotes furent péniblement tirés de leurs lits un dimanche de vote pour le « plébiscite ». Et voilà Tandja ragaillardi pour son « succès électoral », tout hilare, les yeux envahis par la masse de dollars promise par le géant Areva.

Que ces emmerdeurs d’opposants tentent de le « calomnier » et il les attend au coin des rues sombres de Niamey pour leur faire savoir de quel bois il se chauffe. Les pauvres ont d’ailleurs si bien compris le message qu’ils ont préféré filer à l’anglaise, les tronches remplies de bleus, ne s’épanchant dans les médias que pour dénoncer « la dictature de Tandja ». Bien maigre consolation pour des gens « nés pour gouverner ».

« Non, soyons sérieux. Je ne vais pas quand même abandonner le pays aux mains de gredins et d’aventuriers qui ne m’arrivent même pas à la cheville ! », poursuit  le géant Tandja, éparpillé dans ses arguments pour justifier l’injustifiable. Pour renforcer ses convictions, il s’aménage une cohorte de laudateurs de tout poils, d’affabulateurs et autres flagorneurs, prêts à monnayer leur soutien « sans faille » et surtout, suprême prouesse, lui prédire à environ 75 ans un destin hors du commun. Il n’en fallait pas plus pour que l’homme arrivé au pouvoir en 1999, quasiment sur la pointe des pieds, se prenne pour Dieu lui-même. Cela ressemble à bien d’autres destins aussi loufoques que tragiques mais les petits Néron sont – presque tous - prédisposés aux crises d’amnésie.

Le comble de l’humiliation, c’est l’indifférence quasi-générale de la communauté internationale et des compatriotes du « grand homme d’Etat » quand il a été question de parler du sort réservé au chef. Rares sont les intervenants qui faisaient l’effort de perdre leur temps ne serait-ce que pour prononcer un nom désormais relégué aux toilettes de l’histoire, totalement honni.

Parti de presque rien, voilà un bonhomme à qui son pays a tout donné, qui a préféré se faufiler laborieusement par la fenêtre après être entré par le grand portail. Et même dans cette ultime épreuve qu’il traverse actuellement, probablement au fond d’une cellule, seul et nu comme un aventurier, il a quand même réussi une dernière pirouette pour magnifier son génie : éviter un « combat de titans » pour sauver les vie des Nigériens. Celles-là mêmes qui, dans la paume de ses immenses mains, ne valaient plus grand-chose. Sacré Tandja.

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